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Journal d’une pelote : mes premiers pas dans le filage artisanal

Dernière mise à jour : 16 août

Article évolutif — ce journal sera régulièrement mis à jour avec mes nouveaux essais, mes progrès, mes erreurs et, je l’espère, des pelotes de plus en plus réussies.



Journal d’une pelote : mes premiers pas dans le filage artisanal
Journal d’une pelote : mes premiers pas dans le filage artisanal

Il y a des idées qui restent dans un coin de notre tête pendant des années avant que l’on ose réellement se lancer. Créer mes propres pelotes faisait partie de celles-ci.


J’adore crocheter, tricoter et pratiquer le crochet tunisien. Les fils et les belles matières occupent donc une place très importante dans mon quotidien de créatrice. J’aime tout particulièrement travailler les fibres animales, découvrir leur douceur, leur gonflant et leur façon de réagir selon les points et les techniques employés.


Mais ces belles fibres ont aussi un coût. Et lorsqu’il ne reste plus qu’une demi-pelote, quelques petites longueurs ou des couleurs difficiles à réutiliser, il peut être frustrant de les voir s’accumuler sans savoir quoi en faire.


Depuis plusieurs années, je me pose donc cette question : Et si tous ces restes pouvaient redevenir une véritable pelote ?


Pas seulement une pelote destinée à réaliser un ouvrage « avec les restes », mais un nouveau fil à part entière, préparé, cardé, mélangé et filé dans mon atelier. Une matière transformée qui pourrait, à son tour, avoir une place de choix dans un futur ouvrage.


C’est ainsi qu’a commencé mon Journal d’une pelote.


Pourquoi apprendre à fabriquer mon propre fil ?


L’objectif n’est pas de produire de la laine à grande échelle ni de remplacer toutes les pelotes que j’utilise habituellement.

Ce qui m’intéresse, c’est surtout de comprendre la matière et de pouvoir lui offrir plusieurs vies.

Lorsque l’on achète de très belles fibres, il est dommage de ne pas savoir quoi faire des restes. Certaines pelotes coûtent cher, parce que la qualité, la préparation et le travail nécessaires à leur fabrication ont eux-mêmes une valeur.

J’avais donc envie de pousser ma démarche créative un peu plus loin.

Après avoir appris à transformer un fil en ouvrage, je voulais essayer de comprendre comment une fibre devient un fil.

Et, à terme, j’aimerais pouvoir reprendre mes restes de laine, les ouvrir, les carder, les mélanger et créer une nouvelle pelote unique. Une pelote qui n’existera nulle part ailleurs, composée de fibres ayant déjà vécu une première histoire dans mon atelier.

C’est ambitieux. C’est parfois légèrement chaotique. Et, comme vous allez le constater, mes débuts sont très loin d’être parfaits.


Un petit atelier pour créer mes pelotes



Rolag de laine Corriedale et de fibres dorées préparé sur une planche à mélanger
Voici l’un de mes premiers rolags, fraîchement retiré de la planche à mélanger. Il doit rester suffisamment souple et aérien pour permettre aux fibres de s’étirer facilement pendant le filage.

Pour me lancer, j’ai progressivement investi dans plusieurs outils permettant de préparer et de filer les fibres :


  • une cardeuse à rouleaux ;

  • une planche à mélanger ;

  • un rouet électrique ;

  • un fuseau manuel ;

  • du matériel pour bobiner le fil ;

  • un dévidoir pour former les écheveaux.


Je ne vais pas entrer immédiatement dans le détail de chaque outil. Ce journal racontera d’abord l’évolution de mon apprentissage.


Nous aurons largement le temps de revenir plus précisément sur le matériel, les différentes préparations de fibres et les techniques que je découvrirai.


Mais autant vous le dire : posséder le matériel ne signifie absolument pas que l’on sait immédiatement s’en servir.

J’en ai fait la démonstration avec beaucoup de talent.




Commencer directement par le niveau herculéen


J’avais déjà sorti mon rouet électrique à deux reprises, il y a plus d’un an.

Pour apprendre, j’avais choisi d’utiliser des fibres issues d’anciennes pelotes que j’avais moi-même complètement défaites, ouvertes puis cardées.

En toute simplicité, j’avais donc décidé d’apprendre le filage avec l’une des matières les plus difficiles à maîtriser. Lors de mon premier essai, j’avais même utilisé d’anciennes pelotes en acrylique. Ce fut un enfer.


Il y avait de la poussière et de minuscules fibres partout. La matière était difficile à préparer, le résultat avait un aspect étrange et mon fil cassait constamment. Entre l’électricité statique, les fibres très courtes et les couleurs mélangées de façon un peu douteuse, je n’ai pas obtenu la merveilleuse pelote recyclée que j’avais imaginée. J’ai recommencé une seconde fois avec d’autres fibres recyclées, mais le résultat n’était pas beaucoup plus encourageant.

Le fil alternait entre des parties très épaisses et des zones tellement fines qu’elles se séparaient immédiatement. Les fibres glissaient, le fil cassait dans le rouet et je ne comprenais pas encore comment doser correctement la torsion. J’ai fini par ranger mon matériel.

Avec le recul, ce n’était probablement pas le filage que je n’aimais pas. J’avais simplement commencé directement avec un projet beaucoup trop difficile pour apprendre sereinement.


Reprendre avec de la Corriedale



Rolags de laine Corriedale mélangée à des fibres Angelina dorées, prêts à être filés sur un rouet électrique
Mes rolags de Corriedale sont prêts à passer sur le rouet. J’y ai glissé quelques fibres Angelina dorées pour apporter de petites touches lumineuses à ma future pelote.

Cette fois, j’ai décidé de repartir sur de meilleures bases avec de la Corriedale déjà préparée.

Mon idée était de travailler une fibre plus régulière et plus facile à étirer afin de pouvoir enfin me concentrer sur les gestes essentiels :

  • prélever la bonne quantité de fibres ;

  • contrôler leur étirement ;

  • comprendre la torsion ;

  • régler l’entraînement du rouet ;

  • obtenir un fil qui ne casse pas toutes les trente secondes.


Évidemment, il aurait probablement été raisonnable de commencer avec de la Corriedale toute simple.

Mais j’avais des fibres Angelina dorées dans mon atelier. Et j’avais très envie de paillettes.

J’ai donc préparé ma fibre en y ajoutant de petites touches dorées. Le but était d’obtenir un fil légèrement scintillant, avec des éclats visibles uniquement lorsque la lumière vient se poser dessus.

Après tout, fabriquer son propre fil permet justement de créer des mélanges que l’on ne trouverait pas forcément dans le commerce. Je voulais donc, dès ce premier test, montrer la petite plus-value créative que l’on peut apporter à une fibre toute simple.


Ma première pelote filée main



Ma première pelote filée main
Ma première pelote filée main

Soyons parfaitement honnêtes : ma première pelote est techniquement complètement ratée.

Elle est très irrégulière.

Certaines parties sont extrêmement épaisses. D’autres sont beaucoup trop fines. Il y a des zones très torsadées, presque rigides, et d’autres qui manquent tellement de torsion que les fibres peuvent se séparer.

Le fil a cassé un nombre incalculable de fois pendant le filage.

À plusieurs reprises, j’ai eu l’impression d’avoir enfin compris le geste avant que tout se défasse à nouveau entre mes doigts.

J’ai essayé de modifier les réglages du rouet, de changer ma façon de tenir la fibre et même de reprendre brièvement mon fuseau manuel pour mieux comprendre la relation entre l’étirement et la torsion.

Puis je suis revenue au rouet.

J’ai recommencé.

Encore et encore.

Je me suis couchée beaucoup plus tard que prévu, simplement parce que je voulais réussir à produire un fil continu. Et, petit à petit, quelque chose a changé.

J’ai compris que lorsque les fibres se séparaient doucement et glissaient les unes contre les autres, elles n’étaient pas réellement en train de casser : elles manquaient surtout de torsion.

J’ai commencé à attendre un peu plus longtemps avant de laisser le fil être entraîné sur la bobine. J’ai également accepté de filer plus épais plutôt que de chercher immédiatement à produire un joli single fin et parfaitement régulier.

À la fin de la soirée, j’avais une pelote.

Une pelote bancale, anarchique et probablement assez peu agréable à crocheter ou à tricoter.

Mais une pelote que j’avais créée moi-même, depuis la préparation de la fibre jusqu’au bobinage final.

Et j’en étais extrêmement fière.


Entre la première et la deuxième pelote


Dès ma deuxième pelote, la différence était déjà visible.

Elle est encore loin d’être parfaitement régulière. Certaines zones restent plus épaisses que d’autres, la torsion n’est pas identique partout et il y a encore eu quelques cassures.

Mais mon geste commence doucement à devenir plus naturel.

Je comprends mieux la quantité de fibres que je dois laisser passer. J’arrive davantage à anticiper les zones qui deviennent trop fines. Je sais aussi reconnaître plus rapidement un fil qui manque de torsion ou, au contraire, une partie qui commence à se transformer en petit ressort.

Je ne maîtrise pas encore le filage.

Mais je ne lutte plus contre le rouet de la même manière.

Et c’est déjà une immense progression entre seulement deux pelotes.

Cette deuxième pelote reste sauvage, mais elle ressemble beaucoup plus à un véritable fil que la première. Je commence surtout à percevoir ce qu’il pourrait devenir avec davantage de pratique.


Que va devenir la toute première pelote ?


Pour le moment, je garde ma première pelote comme un trophée.

Pas parce qu’elle est magnifique. Elle ne l’est objectivement pas.

Je la conserve pour me souvenir du point de départ et pouvoir comparer mon évolution au fil des prochains essais. Dans quelques semaines ou quelques mois, je serai probablement très heureuse de la regarder à nouveau et de constater tout le chemin parcouru.

Mais je ne pense pas la garder éternellement sous cette forme.

Lorsqu’elle aura terminé sa carrière de pelote témoin, elle aura le droit d’être recyclée à son tour. Je pourrai la démonter, préparer de nouveau ses fibres et lui offrir une autre chance de rejoindre une future pelote, plus régulière et plus facile à travailler.

Je trouve finalement assez amusant qu’une pelote créée dans le cadre d’un projet de recyclage puisse elle-même être recyclée une nouvelle fois.

La boucle sera bouclée.

Ou plutôt, recardée.


Ce que cette première expérience m’a appris


La première leçon est probablement la plus importante : il faut accepter d’être débutante.

Lorsque l’on maîtrise déjà le crochet ou le tricot, il peut être particulièrement frustrant de se retrouver à nouveau face à une matière que l’on ne contrôle pas. Nous savons exactement à quoi devrait ressembler une belle pelote, mais nos mains ne savent pas encore la fabriquer.

Il faut donc accepter les cassures, les bosses, les différences d’épaisseur et tous les raccords un peu douteux.

J’ai également compris qu’il était préférable d’apprendre avec une fibre correctement préparée avant de vouloir immédiatement transformer des restes très complexes. Le recyclage de mes anciennes pelotes reste mon objectif, mais il viendra lorsque j’aurai acquis davantage de régularité et de contrôle.

Enfin, j’ai découvert que le filage était un apprentissage très sensoriel.

Il ne suffit pas de connaître les réglages du rouet. Il faut sentir la fibre, observer la torsion qui remonte, comprendre jusqu’où l’on peut étirer la matière et apprendre à relâcher le fil au bon moment.

Ce sont des gestes qui se construisent avec la pratique.

Et visiblement avec quelques couchers très tardifs.


Ceci n’est que le début


Ce premier article n’est pas un bilan définitif. C’est le premier chapitre d’un véritable journal de bord consacré à la création d’une pelote.

Je viendrai régulièrement le mettre à jour avec mes nouvelles expériences :

  • mes prochains essais de filage ;

  • l’évolution de la régularité de mes pelotes ;

  • les différentes fibres testées ;

  • mes mélanges de couleurs et de matières ;

  • mes tentatives pour réutiliser mes anciennes pelotes ;

  • le lavage et la finition de mes premiers écheveaux ;

  • et, je l’espère, mes premiers échantillons réellement tricotables ou crochetables.

J’ai déjà très envie de voir à quoi ressemblera ma cinquième, ma dixième ou ma vingtième pelote.

Et j’ai surtout hâte de pouvoir revenir vous raconter la suite de cette histoire.


Les premières données de ma deuxième pelote


Ma deuxième pelote me permet aussi de commencer à noter quelques données concrètes pour suivre mon évolution. Après filage, elle pèse 35,1 g et j’ai obtenu 47 tours sur mon niddy-noddy Ashford standard, soit environ 70,5 mètres de fil. Cela correspond à un rendement d’environ 201 m pour 100 g. Mon fil reste encore irrégulier, avec des zones plus fines et d’autres plus épaisses, mais ces chiffres vont devenir très intéressants à comparer avec mes prochaines pelotes. L’objectif sera de voir, au fil de ma progression, si j’arrive à obtenir un single plus régulier, plus souple et éventuellement un métrage supérieur pour un poids équivalent.


En attendant, dites-moi en commentaire si le filage artisanal vous intéresse, si vous avez déjà essayé de créer votre propre fil ou si vous avez des questions auxquelles vous aimeriez que je réponde dans une prochaine mise à jour.


Bienvenue dans le Journal d’une pelote.


L’histoire ne fait que commencer.


Hyllam, alias le crochet de Plume 🪶

 
 
 

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